Une douleur à la poitrine mène souvent à un scanner. Le syndrome de Tietze se voit-il sur cet examen ?
Cet article explique ce que le scanner montre dans ce cas, et quelle place il occupe parmi les autres examens.
Syndrome de Tietze et scanner : des signes d’imagerie inconstants
Non, le scanner ne suffit pas à poser le diagnostic. Il peut montrer des anomalies compatibles avec un syndrome de Tietze, mais elles sont peu spécifiques. Le diagnostic repose d’abord sur les symptômes, l’examen clinique et l’élimination des autres causes de douleur thoracique.
L’examen produit des coupes de la paroi thoracique, des côtes, du sternum et des organes voisins. Il permet donc de repérer une autre origine à la douleur. Il peut s’agir d’une fracture, d’une atteinte pulmonaire ou pleurale, d’une lésion osseuse ou d’une anomalie de la paroi.
Dans la zone douloureuse, l’image peut montrer un épaississement du cartilage costal. Elle peut aussi montrer une côte plus volumineuse à son extrémité antérieure, ou une modification de l’articulation entre la côte et le sternum. Ces signes varient selon l’ancienneté et l’intensité de l’inflammation.
Le scanner peut aussi décrire une condensation sous-chondrale, c’est-à-dire un épaississement de la densité de l’os situé sous le cartilage. Il peut également révéler une irrégularité du contour osseux ou des calcifications du cartilage costal. Ces signes apparaissent surtout lorsque l’évolution dure depuis longtemps.
Ces images ne sont pourtant pas spécifiques. Une condensation, une calcification ou un épaississement local peuvent accompagner une séquelle traumatique, une infection, une maladie inflammatoire ou une tumeur. Le résultat doit donc être rapproché de la douleur, du gonflement et du contexte médical.
Le scanner est moins sensible que l’IRM pour détecter les modifications inflammatoires précoces de l’os et des articulations. Une image peu marquée ne permet donc pas d’écarter le syndrome lorsque les signes cliniques sont évocateurs.
L’examen clinique distingue le syndrome de Tietze des urgences

L’examen clinique reste déterminant. Le médecin recherche une douleur localisée, souvent d’un seul côté. Elle se situe au niveau d’une articulation entre une côte et le sternum. Un gonflement visible ou palpable est aussi recherché. Les deuxième et troisième côtes sont les plus fréquemment touchées.
La pression sur la zone atteinte reproduit habituellement la douleur. Celle-ci peut aussi s’aggraver lors d’une inspiration profonde, d’une toux ou d’un éternuement. Elle peut également augmenter lors d’une rotation du tronc ou d’un mouvement du bras du même côté. Ces éléments orientent vers une origine pariétale. Ils ne la prouvent pas à eux seuls.
Le gonflement peut aider à distinguer le syndrome de Tietze de la costochondrite, sans suffire à lui seul. Cette dernière touche aussi les articulations costales et concerne fréquemment plusieurs côtes. Elle ne s’accompagne généralement pas d’une tuméfaction localisée, mais son absence n’exclut pas un syndrome de Tietze.
L’interrogatoire précise la date de début des symptômes, leur durée et leur mode d’installation. Il recherche aussi les circonstances déclenchantes. Une toux prolongée, des vomissements, un choc ou une intervention thoracique peuvent précéder les symptômes. Des mouvements répétés aussi. Pourtant, aucun facteur déclenchant n’est indispensable pour retenir cette hypothèse.
Le médecin vérifie également la respiration, le rythme cardiaque, la tension artérielle, la température et l’état général. Une anomalie cardiovasculaire, respiratoire ou neurologique modifie la démarche. Une douleur reproduite par la palpation n’exclut toutefois pas toujours une maladie plus grave.
L’électrocardiogramme enregistre l’activité électrique du cœur. Il peut être demandé devant une douleur thoracique aiguë. Le but est de rechercher un syndrome coronarien, c’est-à-dire une diminution brutale de l’apport sanguin au muscle cardiaque. Le scanner ne remplace pas cet examen.
L’IRM et l’échographie précisent l’inflammation costosternale
L’IRM est souvent plus informative que le scanner pour étudier une inflammation récente. Elle examine les cartilages, l’os voisin, les tissus graisseux et les structures autour de l’articulation. Elle n’utilise pas de rayons X.
L’œdème de la moelle osseuse est un liquide accumulé dans l’os, sous le cartilage. Ce signe traduit une réaction locale. Il ne désigne pas une cause unique : plusieurs maladies inflammatoires ou traumatiques peuvent produire la même image.

L’échographie utilise des ultrasons. Elle examine directement la zone douloureuse. Elle peut montrer un cartilage épaissi, un aspect modifié, une hypervascularisation au doppler ou un œdème des tissus mous.
Le résultat dépend pourtant de la position de la sonde, de la constitution du patient et de l’expérience de l’opérateur. Un examen normal ou peu marqué n’élimine donc pas le syndrome.
L’IRM et l’échographie ne remplacent pas l’examen clinique. Elles précisent l’état du cartilage et des tissus voisins. L’interrogatoire et la palpation déterminent si ces anomalies correspondent à la zone douloureuse.
La scintigraphie montre une fixation sans être spécifique

La scintigraphie osseuse repose sur la fixation d’un produit faiblement radioactif par le squelette. Une caméra repère les zones où cette fixation est augmentée. Cela concerne souvent une articulation costosternale ou costochondrale.
Dans le syndrome de Tietze, une hyperfixation peut apparaître près de l’extrémité antérieure d’une côte. Elle traduit une activité osseuse ou inflammatoire accrue. Elle ne précise pas, à elle seule, la cause.
La scintigraphie est sensible, mais peu spécifique.
Une fixation élevée peut également correspondre à :
- une fracture
- une infection
- une tumeur
- une maladie inflammatoire
- une autre atteinte mécanique de l’os et de l’articulation
La tomographie par émission de positons couplée au scanner, appelée TEP-TDM, peut aussi montrer une fixation du traceur au niveau d’une articulation costale. Cette technique reste surtout utilisée dans certaines situations. Elle sert notamment à distinguer une inflammation d’une lésion tumorale.
À retenir : la scintigraphie n’est pas l’examen de première intention pour confirmer un syndrome de Tietze. Elle intervient plutôt lorsque la douleur reste mal localisée. Elle sert aussi lorsque plusieurs zones sont suspectes ou qu’une autre maladie doit être recherchée.
La douleur du syndrome de Tietze impose d’écarter l’urgence
Une douleur reproduite par la palpation ne suffit pas à exclure une urgence. Le syndrome de Tietze est bénin. Pourtant, ses symptômes peuvent ressembler à ceux d’un infarctus, d’une embolie pulmonaire, d’une inflammation du péricarde ou d’une maladie pleurale.

Une douleur thoracique brutale, intense ou persistante exige une évaluation médicale rapide. La priorité est de vérifier les fonctions cardiaque et respiratoire. Ce n’est qu’ensuite que l’on recherche une origine inflammatoire du cartilage.
Appelez le 15 ou le 112 si la douleur serre comme un étau. Faites-le aussi si elle irradie vers un bras, le dos, le cou ou la mâchoire. Ces signes peuvent correspondre à un infarctus du myocarde. Il faut alors agir sans attendre, surtout si un malaise survient avec des sueurs, des nausées ou une perte de connaissance.
Un essoufflement soudain, une respiration difficile ou une coloration bleutée doivent faire consulter sans délai. Il en va de même pour des crachats sanglants ou une accélération importante du rythme cardiaque. L’embolie pulmonaire et d’autres maladies respiratoires peuvent provoquer une douleur proche de celle du syndrome de Tietze.
Le contexte modifie aussi le niveau de vigilance. Un antécédent cardiaque ou pulmonaire, un cancer, une immobilisation récente ou une intervention chirurgicale peuvent justifier des examens urgents. La grossesse aussi. Ces examens vont bien au-delà d’un simple bilan de la paroi thoracique.
Le scanner devient utile lorsqu’il faut rechercher une fracture, une calcification ou une anomalie osseuse. Il sert aussi à repérer une maladie située dans le thorax. Il apporte alors une réponse anatomique importante. Son image ne suffit pas, à elle seule, à confirmer le syndrome.
Le diagnostic final associe plusieurs éléments :
- une douleur localisée
- une sensibilité à la palpation
- un gonflement éventuel
- l’évolution des symptômes
- les résultats biologiques
- des images adaptées à la situation
L’imagerie ne suffit pas, à elle seule, à établir le diagnostic. Elle s’interprète avec les signes cliniques et les autres éléments de l’évaluation.
Un scanner sans anomalie nette ne clôt pas la question. Si la douleur persiste ou revient, rapportez-la au médecin qui a prescrit l’examen, afin qu’il reprenne l’interrogatoire, l’examen clinique et, si besoin, l’IRM ou l’échographie.





